Première Pute de France

13 juin 2012

Sous ce titre racoleur, grossier, « dégueulasse » : je commence mon premier papier. Sur une vie normale d’un type normal au milieu d’une Présidence normale… pas banal !

Première Pute de France Angry-Twitter-Bird

 

Hier, peu avant midi, à l’heure où le cerveau quitte les dossiers de travail pour penser à la salade maïs-poulet (le tout transgénique, of course) de la pause déjeuner, mes yeux se figent, incrédules, sur Twitter. « Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des rochelais depuis tant d’ années dans un engagement désintéressé. » Ma première réaction, primaire, a été : « LOL ».
Puis, j’ai rafraîchi la page, suis retourné sur le compte de Valérie Trierweiler. Non, c’était bien son compte, le dernier tweet datait de l’an XV, mais c’était bien son compte… Sang-froid, respiration : ça doit être un piratage, un formidable coup monté par les amis de Falorni pour semer la zizanie… Et puis, alors que les passions déjà se déchaînaient, que l’oiseau bleu n’avait plus aucune chance de s’envoler tant les publications étaient nombreuses (et lourdes de sexisme pour certaines d’entre elles !), le drame : la Première Dame confirme d’un laconique « oui » à l’AFP… Ce tweet, c’est bien elle.

 

Horreur.

Scène 1 – intérieur / jour   -   La chambre de Valoch :

Valérie se lamente du soutien – surprenant car plutôt inhabituel – que reçoit Ségolène : Martine, Cécile, Maxime, Jean-Marc, Elisabeth… et même François la soutiennent !
« La Rochelle, tu l’auras, tu es la seule rose dont il reste de beaux pétales ma Ségo, ton adversaire, ce vilain dissident, n’est plus qu’épines » chantaient-ils dans un chœur qui, tout de même, n’était pas très harmonieux, tant il était orchestré.
Valoch, donc, ne supportait visiblement pas que tout le monde se mette en marche derrière l’ex (ex-Candidate à la Présidentielle, ex-Rivale des Primaires, et même ex-Femme) au détriment de celui qui a été le fidèle parmi les fidèles de François.

Ce qui est terrible, c’est que ce tweet, elle l’a pensé, rédigé, corrigé, revu. Regardé, relu. A-t-elle hésité avant d’envoyer le bouzin ? Avait-elle un rictus ? Son cœur battait-il comme lorsqu’on va faire quelque chose que l’on sait important, mais dont on sait aussi que l’issue est incertaine… voire totalement merdique? Ou bien est-elle vraiment si inconséquente ?!

 

Malheur.

Scène 1bis – intérieur / jour  –  La chambre de Valoch :

« Ah putain la pute ! » s’exclame Valérie, trop agacée à la vue des soutiens apportés à Ségo. « Si elle gagne, elle passera ses journées à l’Elysée et à l’Assemblée, elle verra plus mon mec que moi !! Ca va pas se passer comme ça, tu l’emporteras pas au Paradis ! » Vite. Portable, Twitter :
« Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des rochelais depuis tant d’ années dans un engagement désintéressé. »  Insupportée par ce soutien, il faut qu’elle contrebalance, quitte à n’avoir aucune crédibilité, quitte à passer pour la foldingue : c’est plus supportable que de voir l’ennemie – qu’elle soit politique ou personnelle – soutenue et aux premiers rangs. Qu’importe le tweet, pourvu qu’il y ait l’ivresse, celui, en quelques signes, de tout foutre en l’air. Rien que pour dire : « Moi aussi, je suis là, bande de cons ! »

 

 

Raison

Bon, il est bientôt l’heure, et on va manger du saumon dans la brasserie d’en face avec les collègues. J’arrête mes fantasmes sur les raisons qui ont poussés au Tweet, je remballe ma psychologie à deux balles (et je sors les rimes, oh oui !!).
Car finalement, les raisons qui ont amenées à cette publication malheureuse de Valérie Trierweiler importent peu. Ce qui compte, ce sont les résultats : un gros bordel national, des centres d’intérêt déplacés, le beau jeu à la droite. Ce qui compte, c’est ce qui se joue : lorsqu’on est un personnage intime de ceux qui ont le pouvoir, lorsque l’on n’est pas politique mais que l’on gravite autour de ceux qui le sont : peut-on tout dire, et tweeter à tout-va ?
Oui, Valoch, tu es une femme libre, effrontée, qui n’a peur de rien et qui fonce. Oui, Valoch, tu es « belle et rebelle »… Tout comme Ségolène. Mais, Valérie, ne t’en déplaise : Ségolène est en campagne pour le Parti Socialiste, qu’elle a servi – au même titre qu’Olivier – pendant toutes ces années. Elle est aussi à son service personnel (Perchoir, Ô mon Amour), c’est vrai.

Ce qui se joue donc, bien au-delà de vos bisbilles personnelles, ma chère Valérie, ce sont des enjeux politiques : le match de La Rochelle – celui pour désigner le candidat aux législatives 2012 – n’est plus à refaire. Les instances du parti ont désignées Ségolène depuis bien longtemps, il en est ainsi. On peut dire que c’est injuste, on peut avoir mal au cœur pour Olivier.
Mais on ne peut plus refaire le jeu. La liberté d’opinion n’est pas une chose légère et ne se résume pas en un tweet. La liberté d’une Première Dame, qui ne supporte ni n’accepte ce statut, c’est de faire preuve de conséquence psychologique et d’intelligence citoyenne. C’est, donc, de savoir se taire au service d’une cause générale : la stratégie du Parti Socialiste, et du Président de la République, pour faire gagner les socialistes et la gauche dimanche prochain.
La liberté ce n’est pas l’enfantillage de croire que l’on peut et que l’on doit dire tout ce que l’on pense… La liberté, c’est de savoir que « Je tweet donc je suis » n’est pas un  adage. C’est de savoir son devoir de réserve.

L’intelligence, c’est de savoir parfois se taire… d’avoir, effectivement ma bien chère Valérie, « un engagement désintéressé » !

 

La Discipline Politique : Première Pute de France ?

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